L’IRCEC & VOUS (Portrait#3)

L’IRCEC & VOUS (Portrait#3)

Benoît Menut est compositeur de musique de création, et à ce titre cotise depuis 2017 auprès des trois régimes gérés par l’IRCEC (RAAP, RACL et RACD). Après la première de Circe (Philharmonie de Paris) en mars, il mène de front l’écriture d’un opéra sur le football (Un Match) qui sera créé à l’opéra de Reims à l’automne et un ballet pour l’Orchestre du capitole (Toulouse) revisitant l’histoire du petit chaperon rouge. Amoureux tout à la fois de poésie, de sons, de spectacle vivant et de sport, il nous confie le contexte de sa première rencontre un peu tendue avec l’IRCEC.

Comment êtes-vous devenu compositeur ?

Certains enfants ne s’arrêtent jamais de dessiner, et deviennent illustrateur ou peintre. Moi je m’amusais avec les sons, plutôt qu’avec des mots. J’ai développé la pratique de l’écriture musicale assez tôt, vers mes sept ans. On m’a appris à jouer de la trompette, du violon, du piano, c’est toujours utile pour se créer une palette intérieure. Mais j’étais clairement le créatif de la famille, pas l’interprète. Mon frère est un admirable violoniste, mon père et mon grand-père jouent aussi mais moi je détestais répéter et encore répéter le même morceau sur un instrument. J’étais un enfant facétieux.

Quelle est votre manière de travailler ?

Uniquement sur papier, à la main : pas de tablette ni d’ordinateur. L’avantage c’est de pouvoir créer partout, et sans recharger de batterie ! J’ai un carnet A3 avec des portées sur lesquelles j’écris des morceaux pour orchestre, des opéras, des concertos. Ensuite, je scanne mes pages avec mon téléphone pour les envoyer à mon éditeur, qui édite les partitions pour les musiciens. C’est comme ça que je suis créatif, je reproduis le même geste depuis l’enfance.

Votre œuvre est profondément marquée par ses liens avec d’autres formes artistiques…

J’écoute peu de musique à la radio ou sur les plateformes de streaming, je crois surtout au spectacle vivant et au rituel d’écoute. Je sors pour aller voir du théâtre, de la danse, du cinéma. Je me sens en action et lorsque je rentre chez moi, je suis encore dans cet état d’esprit. Même si ce qui me nourrit le plus actuellement, ce sont les livres, et la poésie. J’aime ce temps de recherche sur des textes parfois difficile d’accès, qui me portent plus loin que mon idée de départ. Pour Circé, en me plongeant dans des textes de la poésie anglaise, j’ai souhaité explorer des mots de femme pour sortir du regard masculin la réduisant au profil d’une méchante sorcière. Je ne suis pas un féministe de façade, c’est la volonté de sortir du cadre référent qui me guide. Portée par les mots d’Augusta Webster, Emily Dickinson, de Hilda Doolittle, Circé est redevenue cette femme qui a la capacité magique de révéler leur vraie nature aux hommes.

Comment avez-vous rencontré l’IRCEC ?

Cela faisait à peu près deux ans que je vivais totalement de ma musique, lorsque j’ai reçu des courriers de l’IRCEC, auxquels je n’ai pas répondu. Un courrier d’huissier a suivi. Je n’avais jamais entendu parler de cet organisme : pour moi c’était une structure privée qui voulait me prendre de l’argent que je ne reverrai jamais. Ces arriérés de cotisation au titre du RAAP m’ont causé quelques nuits blanches. Devenir auteur, cela signifie voir débarquer beaucoup d’acronymes et être appelé à sortir de l’argent pas facile à gagner. A côté du temps de création, il nous faut courir après les collectivités qui ne règlent pas la TVA, rechercher les commandes, assurer la promotion des œuvres et maintenant assurer la facturation électronique. C’est bien de préparer sa retraite, mais vivre c’est important. 

Vous êtes-vous réconcilié avec votre retraite complémentaire ?

Bien sûr, davantage que réconcilié ! Je ne vais pas dire que je saute de joie en réglant mes cotisations chaque année, mais je suis conscient de la qualité du taux de rendement au RAAP, et de l’avantage à pouvoir déduire les cotisations de mes revenus. J’ai abordé la question de la retraite comme mes projets artistiques : en effectuant quelques recherches d’abord. Puis j’ai téléphoné à l’IRCEC, où j’ai obtenu très vite des conseillers qui m’ont guidé avec bienveillance. Sur place aussi, j’ai été très bien accueilli, à chaque fois. J’ai compris pourquoi je devais cotiser, mais surtout une fois mes dettes réglées, j’ai réalisé que ce qui changeait pour moi c’était l’affirmation de mon nouveau statut. Avant de vivre de la composition musicale, j’ai été fonctionnaire de la fonction publique territoriale, j’ai exercé en libéral, j’ai enseigné pendant vingt ans et j’ai choisi de prendre un risque. C’est mon statut, je suis devenu artiste-auteur professionnel à ce moment-là ! A bientôt cinquante ans, je me sens plus à l’aise avec le sujet de la retraite. Même si je reste un être du présent : il ne faut pas me survendre le moment où je serai vieux, je n’ai pas envie de me projeter aussi loin…

Photo de Bernard Martinez, propos recueillis par Kandix. Retrouvez toute l’actualité de Benoît Menut sur son site.